Lot. La gariotte et la cazelle lotoise

Cazelle à Figeac (Pipy) dans le LotLa cazelle est bien plus qu’un effet de mode.

Il est impossible de parler du Lot sans évoquer les gariottes et les cazelles qui parsèment le département. Ces abris en pierres sèches sont à ce jour, un des éléments forts de l’identité culturelle et touristique du Lot. Si fort, que je l’ai même choisi dans mes images de profil sur mes différents comptes de réseaux sociaux, mais aussi plus personnellement comme objet lors de mon mariage, il y a de cela une dizaine d’année.

Ces abris pour la plupart bâtis depuis 2 siècles, méconnus il y a peu encore, reviennent sur le devant la scène. Les résidents lotois à travers la restauration ou la construction de nouvelles cazelles, trouvent le moyen d’établir une filiation avec une tradition rurale.

A travers cet article, je vous expliquerai l’origine et les différentes fonctions de ces charmantes cabanes de pierres.

Des sentinelles de pierre

Il est impossible de traverser le Lot, sans apercevoir dans un champs, dans le prolongement d’une murette, dans une propriété, ces petites cabanes de pierres sèches, arborant fièrement leur épi de calcaire. Elles sont présentes pour certaines depuis 2 siècles. Même si des documents attestent la présence de Cazelles dès le XVe siècle, l’immense majorité de ces abris en pierre sèches visibles de nos jours, a du être construite au cours du XIXe siècle.

Il y a plusieurs raisons qui expliquent l’explosion de ces constructions rurales à cette période :

  • Le démembrement des grandes propriétés terriennes.
  • De nouvelles techniques de labour
  • La nature du sol
  • Une démographie galopante

Après la Révolution française, de nombreux paysans ont pu acquérir des parcelles de terres issues du démembrement des grandes propriétés terriennes. Les paysans ont pu alors cultivé leurs propres terres.

Auparavant, on se contentait d’égratigner le sol à moins de 15 cm de profondeur. Dans certains terroirs, les pierres affleuraient et étaient utilisées comme matériau pour les maisons. Avec l’arrivée de la charrue au début du XIXe siècle, les socs ont attaqué, sous la mince couche de terre, le sommet des couches rocheuses en détachant des blocs de calcaire plus ou moins volumineux. Ces pierres étaient si nombreuses, que les paysans ne savaient plus quoi en faire.

Parallèlement à cela, les paysans possédaient des élevages de brebis, de chèvres et d’ovins qu’il fallait surveiller ou abriter. D’autre part, l’expansion démographique au début du XIXe siècle a amené le défrichement de terres parfois éloignées de la ferme. Trouvant rapidement une utilité à toutes ces pierres, ils ont alors bâti des murettes de parcelles pour remplacer les clôtures, construit gariottes & cazelles afin de s’abriter ou protéger les outils et les animaux en remplacement des cabanes en bois, et opérer également des stockages par grands tas, les fameux « cayrous ».

La Gariotte est une appellation régionale

Ces cabanes de pierre se répartissent en 2 catégories :

  • La gariotte est une guérite, protégeant de la pluie et du soleil. Cette petite sentinelle était essentiellement destinée aux bergers et bergères. Elle est de faible dimension et le plus souvent aménagée dans l’épaisseur d’une murette ou d’un cayrou. Le nom est une forme francisée du mot occitan « gariota », ce nom a été étendue à toutes les cabanes en pierres sèches du Lot dans les années 50.
  • La cazelle est quant à elle une construction avec des murs, une voûte encorbellée, une couverture, une ouverture régulière avec huisserie, avec souvent un ou deux lucarnes, et éventuellement une cheminée ou un pigeonnier.  Quoiqu’il en soit, la construction d’une cazelle se fait sans mortier, en empilant patiemment et judicieusement des pierres de différents calibres.

On ne construisait pas les cazelles au hazard

La cazelle éloignée de la ferme servait à entreposer de l’outillage agricole ou du matériel qu’il fallait protéger des intempéries. Elle servait également de grange temporaire : de quelques boeufs pour l’époque des labours, à des troupeaux d’ovins.

La cazelle de ferme servait d’espace de rangement, de poulailler, ou de résidence temporaire pour canard et cochons. Parfois l’étage supérieur était transformé en pigeonnier.

Certaines cazelles ont servi d’habitat temporaire pour attendre que le mas soit construit. D’autres ont servi d’habitat pour des générations entières ; de pauvres paysans ne possédant que quelques terres, ou des ouvriers agricoles misérables. La cheminée était leur seul confort.

De nos jours, lorsque les lotois restaurent une vieille demeure rurale, ils en profitent pour construire ou restaurer une cazelle pour s’inscrire dans une continuité pluriséculaire. La plupart sont utilisées en conformité avec leur fonction d’origine, comme cabane à outils, mais d’autres peuvent par exemple servir de pool-house auprès des piscines.

Urne Gariotte Mariage

Je suis très vite tombé sous le charme de ces cabanes de pierres sèches, au point d’utiliser ce symbole lotois lors de mon mariage.

J’ai acheté chez un marchand de poterie, une reproduction de Gariotte d’environ 40 centimètres de haut. Puis je l’ai légèrement modifié en surélevant la voûte encorbellée. Ainsi transformée, cette gariotte m’a servi d’urne. Les invités pouvaient glisser leur enveloppe pour constituer la « cagnotte des mariés ». Après le mariage, je l’ai installé dans mon jardin comme élément décoratif.

J’ai demandé également à notre traiteur de nous construire une pièce montée en forme de gariotte…

Comme vous le constatez, j’ai voulu moi aussi m’intégrer dans cette continuité. J’espère construire un jour une cazelle grandeur nature dans mon jardin. Pour y arriver, je m’entraîne depuis quelques années déjà, à bâtir des murettes en pierres sèches. Je vous en reparlerai dans un prochain article.

Ci-dessous quelques-une de mes photos :

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4 réflexions au sujet de « Lot. La gariotte et la cazelle lotoise »

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